Bernard Hureau livre
ses mémoires

Bernard Hureau, président du comité FNACA Vineuil-Mont- près-Chambord-Bracieux a remis son mémoire à Hélène Pailloux, maire de Bracieux.
© Photo NR
Bernard Hureau, président du comité FNACA de Vineuil, Mont-près-Chambord et Bracieux, a réuni ses adhérents pour la première fois depuis deux ans.
Le président en a profité pour remettre à la maire de Bracieux, Hélène Pailloux, un mémoire de souvenirs qu’il a écrit. Il raconte son histoire d’appelé de 1960 pendant la guerre d’Algérie. Le 15 janvier 1960, il posait les pieds en Algérie. Une vie militaire qui s’installe avec ses aléas, ses peurs, ses missions, ses interrogations mais aussi ses doutes… Le 29 avril 1960, son régiment reçoit la visite du ministre des Armées, Pierre Mesmer et du général Gambiez. Il est parmi la garde d’honneur, près des hélicoptères. « Je suis en tenue impeccable, les armes astiquées et brillant au soleil. On est loin des postes sur les pitons ou des fermes isolées avec les risques… »
Il quittera le nord de l’Algérie quelques semaines plus tard pour la frontière avec le Maroc, région d’Aïn-Sefra où les conditions de vie sont rudes. 39°C à l’ombre, vent de sable, cris des chacals, le Sahara est à portée de main. Il est sous-officier et perçoit une solde qu’il adresse pour moitié à ses parents, car lui ne perçoit pas l’avenir. Il tombe malade au mois d’août 1960 de la jaunisse et du paludisme. Après sa convalescence, il terminera les quinze jours qu’il lui reste à faire en France, à Saumur. Il a perdu 15 kg et toutes ses espérances. Deux ans, quatre mois et cinq jours qui ont beaucoup compté dans sa vie.
SOURCE : Bernard Hureau livre ses mémoires (lanouvellerepublique.fr)
Un appelé en Algérie : à l'heure
du conflit

Bernard Hureau sur son EBR (engin blindé motorisé) en février 1960.
© (Photo Bernard Hureau)
Après un premier épisode paru dimanche 24 juillet dans nos colonnes, suite du journal de bord de Bernard Hureau, président de la FNACA Vineuil-Mont-Bracieux, et appelé durant la guerre d’Algérie.
Arrivé à Mostaganem le 16 janvier 1960, il est affecté dans la région, dans une grosse ferme isolée. Il effectue sa première sortie le 19 janvier : bouclage d’un marché avec dix soldats. Tous les hommes sont contrôlés et fouillés. Ceux qui ne paraissent pas en règle sont embarqués sans ménagement dans les camions vers la ferme où ils seront questionnés. La plupart sont relâchés le soir même. Plusieurs seront « interrogés » dans la nuit. L’unité chargée de ce « travail » ne fait pas partie du régiment. Les interrogatoires se passent dans une pièce au bout de la cour. Un soir, un gars du groupe propose à Bernard Hureau d’assister à une séance. « J’ai refusé, dit-il. Mais je sais qu’il y avait des spectateurs. Quelques jours après, j’ai pu voir le résultat. “ Les suspects ” se traînaient près des lavabos installés entre deux bâtiments. Ils n’étaient pas tous beaux à voir, mais ils étaient vivants, ceux-là. Leur avenir n’était pas assuré pour autant. Ils pouvaient rentrer chez eux. Mais ayant passé un certain temps chez les militaires, le FLN s’en méfiait car sous la torture, ils avaient pu parler. »
Des opérations comme celle-là, Bernard Hureau en vivra plusieurs. Il y aura le bouclage du douar de Benizenera au cours duquel un jeune Algérien sera blessé par une rafale de pistolet-mitrailleur, les levers à 5 heures du matin pour aller « crapahuter » toute la journée à la recherche d’ennemis insaisissables.
Quelquefois, il se fera de belles frayeurs. Un matin, au lever du jour, sa jeep roule vite. Tout à coup, elle arrive sur un barrage de branches et d’arbres. Pas le temps de freiner, et hors de question de s’arrêter. La jeep escalade l’obstacle, va faire demi-tour un peu plus loin et revient. Toutes les armes sont braquées vers le barrage. Une embuscade avait bien été préparée mais les « fells » étaient partis.
Bernard Hureau n’a pas été en contact direct avec les combattants du FLN. Il est revenu d’Algérie entier mais tous ses amis n’ont pas eu cette chance. L’un d’eux a perdu ses deux jambes dans l’explosion de son camion sur une mine.
Un appelé en Algérie : garder
le moral

Bernard Hureau (à gauche) en opération.
© (Photo Bernard Hureau)
Bernard Hureau, président de la FNACA de Vineuil-Mont-Bracieux, a servi en Algérie de janvier à septembre 1960. Suite de son journal de bord après les deux premiers épisodes parus dans la NR les dimanches 24 et 31 juillet.
En juin 1960, son régiment est affecté dans le sud aux portes du désert, à la garde du barrage électrifié entre Algérie et Maroc. Il garde un souvenir pénible de l’ennui. La chaleur est suffocante, les baraquements sont couverts de tôle, il faut parfois se fâcher pour être ravitaillé en eau. Et il ne se passe rien, il n’y a rien à faire de la journée. La ville la plus proche est à 30 kilomètres.
Le courrier est un moment attendu et important. Les lettres de la famille, de la fiancée, permettent un moment d’évasion, mais peuvent aussi donner le cafard. Un jour, un scorpion se promène dans la chambre. On le fait sortir et l’adjudant tire dessus au pistolet, ça distrait un peu…
Il a perdu 10 kg en trois mois. L’ennui et l’inconfort minaient les hommes et les rendaient irascibles. « Les postes isolés étaient mal vus du PC. Râleurs, bagarreurs, mal rasés souvent, on nous craignait un peu et on ne nous aimait pas », raconte Bernard Hureau. L’ennui, la peur, l’isolement agissent sur le moral des hommes.
Un jour, il assiste à une scène. « Un gars a pété les plombs, dit-il. Au milieu de la cour, son PM à la main, il hurlait qu’il voulait en descendre un. Personne ne bougeait, c’est l’aspirant qui s’est avancé et lui a balancé une énorme baffe. Le gars est rentré, secoué par une crise de larmes, il s’est couché. »
Bernard Hureau aura particulièrement souffert de sa dernière affectation aux portes du désert. En juillet, il réalise qu’il entame sa troisième année dans l’armée et n’en voit pas la fin. Il pèse 56 kg, il a perdu 10 kg en trois mois. Il finira par tomber malade en août : fièvre à plus de 40°C avec délire et cauchemars.
Il a froid, il a chaud, il claque des dents. Il sera hospitalisé à Aïn-Sefra, puis rapatrié en France. Il revient au Mans le 19 septembre où il retrouve les siens. L’Algérie, c’est fini puisqu’à la fin de sa permission, il ne lui restera que quinze jours à faire. C’est à Saumur qu’il termine son service militaire après deux ans quatre mois et cinq jours.
SOURCE : Un appelé en Algérie : garder le moral (lanouvellerepublique.fr)
Une guerre peu glorieuse

Bernard Hureau à son retour en septembre 1960.
© (Photo Bernard Hureau)
Bernard Hureau, président de la FNACA de Vineuil-Mont-Bracieux, a servi en Algérie de janvier à septembre 1960. Suite et fin de son journal de bord après trois épisodes parus dans la NR les dimanches 24, 31 juillet et 14 août.
Longtemps, il ne s’est pas exprimé sur le sujet de la guerre. Avec son ami Daniel Lepage, ils en ont gardé gros sur le cœur. « Quand je suis allé rendre mon uniforme auprès de la gendarmerie après 28 mois, je n’ai pas eu un mot. Le gars s’en foutait alors que je venais de vivre huit mois difficiles », explique Bernard Hureau.
« On est rentrés dans l’indifférence, ajoute Daniel Lepage. Le monde avait continué à tourner sans nous. On était décalés au retour. Le yéyé était arrivé, la page de la guerre d’Algérie a vite été tournée. Nous, on n’était pas fiers de l’avoir faite. Ce n’était pas notre guerre. Les poilus de 1914 ou les résistants de la Seconde Guerre mondiale ont été des héros. Nous, on a fait une sale guerre qui ne nous a pas grandis. » Ils ont préféré taire ce qu’ils avaient vécu. Un ami de Bernard Hureau a assisté un jour au « largage » d’un prisonnier du haut d’un hélicoptère. Il s’en veut de n’avoir pas réagi et en garde une culpabilité qui le ronge.
Bernard Hureau, au retour, a été de longs mois sans véritables envies. « Ma famille me trouvait irritable, hargneux. Ma femme m’a petit à petit sorti de ma léthargie. » Daniel Lepage assure qu’il aurait pu devenir voyou. « J’étais un chien fou », dit-il. Bernard Hureau ajoute : « C’est seulement après une quinzaine d’années que j’ai pris conscience de ce que j’avais vécu avec tant d’autres. J’ai adhéré en 1978 à la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie), parce qu’un jour j’ai rencontré un gars de mon âge qui avait perdu ses deux jambes en Algérie, son camion ayant sauté sur une mine. Pour moi, cela a été un choc terrible. Je témoigne aujourd’hui pour le respect et la défense de tous mes camarades, des 250.000 blessés et la mémoire des 28.000 morts. Je milite pour la paix en disant aux jeunes : “ La guerre change les hommes qui deviennent capables du meilleur comme du pire. La paix est un bien très fragile qui se gagne et se conserve par la solidarité et la justice ”. »
SOURCE : Une guerre peu glorieuse (lanouvellerepublique.fr)