
Ahed Atef Baker, 10 ans, un des enfants tué
le 17 juillet 2014
http://www.4acg.org/Gaza-Lettre-au-President-de-la
Lundi 21 juillet 2014, par Geneviève Coudrais
Geneviève Coudrais
Issy-les-Moulineaux le 19 juillet 2014
A Monsieur François Hollande
Président de la République française
Monsieur le Président,
Quand vous étiez premier secrétaire du Parti Socialiste, je vous avais écrit déjà pour vous interroger sur la position de votre parti quant à l’occupation par l’Etat d’Israël de ce qu’il reste de la Palestine historique et des conditions d’une paix aussi juste que possible pour les peuples intéressés (impliquant évidemment le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, premier droit fondamental bafoué pour le peuple palestinien). Je faisais référence alors à mes souvenirs de Guy Mollet qui a trompé ceux qui l’ont élu sur des promesses de paix avec l’Algérie et de la SFIO d’alors, empreinte de colonialisme et tournant le dos à l’histoire. Je vous faisais part de mes craintes que le Parti dont vous étiez secrétaire n’ait pas encore compris que le colonialisme était fini et qu’il fallait mettre un terme à ce qu’il en reste. Vous m’aviez répondu par des propos rassurants.
Lors de votre candidature à la Présidence de la République, vous avez pris 60 engagements et vous avez affirmé : « je les tiendrai ». Engagement 59 « je prendrai des initiatives pour favoriser, par de nouvelles négociations, la paix et la sécurité entre Israël et la Palestine, je soutiendrai la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien ». J’ai donc voté pour vous.
Non seulement la France n’a pas encore reconnu l’Etat de Palestine mais encore soutenez vous l’Etat occupant d’Israël qui massacre un peuple occupé (et emprisonné à ciel ouvert d’où tombent les bombes). Et encore, cherchez vous à faire taire tous ceux qui demandent qu’il soit mis fin immédiatement au massacre du peuple de Gaza (dont les victimes ne semblent pas appeler de votre part la compassion que vous manifestez lors d’une catastrophe aérienne), pour qu’il soit mis fin immédiatement aux bombardements (qui, dans votre bouche, le 14 juillet dernier n’étaient que des « répliques » aux roquettes) et au blocus de Gaza (condition nécessaire et suffisante pour qu’il soit mis fin à l’envoi de roquettes qui, lui, est une « réplique » à ce blocus inhumain qui dure depuis 7 ans, verbalement condamné mais contre lequel il n’est rien fait).
Ce n’est pas tout ! comble de l’impudence et de l’indécence, vous avez permis que l’ambassadeur de France en Israël organise un bal pour le 14 juillet, sur une place de Tel-Aviv, dédiée aux peuples du Sud d’Israël, sans souci aucun pour les morts sous les bombes israéliennes !!! Quand Israël tue à Gaza, les Français et leurs amis israéliens dansent ostensiblement à Tel-Aviv !
Et ce jour, 19 juillet, alors que, depuis que vous êtes au pouvoir, vous avez laissé manifester sans encombre et sans vergogne toute l’extrême droite de notre pays, vous avez fait interdire à Paris de manifester toute solidarité avec le peuple palestinien et fait réprimer durement ceux, heureusement nombreux, qui ont...désobéi. Dès lors, non seulement, contrairement à vos engagements, vous faites preuve d’une soumission (et même, dites vous, d’un « amour »), dans tous vos propos et plus encore vos actes, aux représentants politiques d’Israël mais encore vous bafouez nos libertés fondamentales ! A cet égard, je relève que dans ma longue vie de militante, c’est la première fois, depuis votre prise de fonctions, que je suis empêchée régulièrement de distribuer des tracts sans même que votre ministre de l’intérieur et le Préfet de Police de Paris qui en ont été saisis (par le président de mon association) prennent la peine de nous en faire connaître le fondement légal. Mais aujourd’hui, c’est notre droit de manifester et de nous exprimer qui est bafoué. Qui est bafoué au prix d’un mensonge politique : le président de la synagogue de la rue de la Roquette lui-même a reconnu que la synagogue n’avait jamais été menacée et des vidéos établissent clairement l’existence d’un piège et de provocations des manifestants par des membres de la Ligue de Défense Juive (ligue interdite en Israël même à raison de son extrême violence) dont il n’est jamais fait mention ! Sommes-nous déjà sous l’empire de « pouvoirs spéciaux » masqués ?
Alors, Monsieur le Président, j’ai le cœur au bord des lèvres, je me sens totalement trahie et je dois avouer que jamais plus je n’irai mettre un bulletin de vote pour le Parti Socialiste dans l’urne. Jamais plus car même alors que je me croyais réaliste et peu exigeante, je me trompais. Je préférais le temps de ma colère contre N. Sarkozy : au moins, alors tout était clair et je ne me sentais pas trahie !
Votre premier ministre (dont je vous invite à revoir les propos qu’il tenait sur ces questions il y a une dizaine d’années, très édifiants sur la force de ses convictions) a parlé d’une gauche qui serait tuée par certains membres de votre parti. Non, la gauche n’est pas morte mais, Monsieur le Président, je crois bien que vous avez tué le Parti Socialiste car si mon « je » est insignifiant, je vous prie de croire qu’il n’est pas seul et que, où que je me tourne, je trouve au mieux l’esquive gênée d’amis de ce parti. Et je crains que ce ne soit votre politique qui nourrisse un nouvel antisémitisme, envers et contre notre combat de toujours.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à ma profonde déception et ma grande amertume.
Geneviève Coudrais – militante depuis le temps de la guerre d’Algérie contre tous les racismes et contre le colonialisme – dont à l’Association Française Palestine Solidarité.