Gilets jaunes. 1789-2019… des cahiers
de doléances très ressemblants

Des cahiers de doléances sont à disposition des Français dans des mairies, depuis décembre. | OUEST-FRANCE
Des cahiers de doléances, dans des mairies, recueillent en ce moment les revendications des Français, avant le grand débat national voulu par Emmanuel Macron. À Vitré, en Bretagne, on a comparé avec le cahier de doléances de 1789. Édifiant.
Depuis plusieurs semaines, les Français griffonnent dans des cahiers de doléances, ouverts dans des mairies. Une façon de donner un cadre aux demandes des Gilets jaunes et de démarrer le grand débat national voulu par Emmanuel Macron.
Cette consultation devrait durer le temps qu’il fallut, il y a 230 ans, entre mars et mai 1 789, pour rédiger, déjà, les cahiers de doléances. On a jeté un œil dans celui rédigé à l’époque à Vitré, près de Rennes, en Bretagne. Et ? Comme un air de ressemblance… même si on ne peut évidemment comparer gilets jaunes et bonnets phrygiens.
En 2019, la revendication des Vitréens qui revient le plus souvent concerne le pouvoir d’achat. Ils réclament « une augmentation du Smic », « des retraites », une « réduction de la TVA », « du coût des études » ou une poursuite des aides « tant que l’enfant est en études au-delà de 18 ans ».
En 1 789, le cahier de doléances et remontrances du Tiers État de la ville de Vitré, fustige le trop-plein d’impôts, réclamant une réforme « des abus qui ne sont qu’un reste barbare de l’ancienne tyrannie féodale, tels que les quintaines, gants, soûles et autres redevances absurdes exigées des nouveaux mariés ; droits sur toute sorte de marchandises à l’entrée et à la sortie du territoire des seigneurs ; droits de pancartes et de péages, de guet et garde dans leurs châteaux, corvées pour faire leurs récoltes et voiturer les matériaux de leurs châteaux et de leurs moulins, droits de fuie, colombiers et garennes, droits de chasse, droits exclusifs de moulins… »

Dans quasiment une doléance vitréenne sur trois, il est réclamé la mise en place du RIC (référendum d’initiative citoyenne). | Ouest-France
Le Tiers État de Vitré s’en prend aussi à la capitation, un impôt direct établi par Louis XIV en 1695 pour financer la guerre de la Ligue d’Augsbourg : « Vu l’injustice monstrueuse qu’il y a dans la répartition de la capitation entre les ordres de la noblesse et du Tiers, et que tous impôts affectés au soutien, à la défense de l’État, et au bien-être de tous ses individus sont réels et doivent être relatifs aux facultés et au bienfait que chacun en reçoit, il est naturel que tout individu, noble ou roturier, les supporte en raison de ses possessions. »
En 2019, les Gilets jaunes réclament de « faire payer les plus riches ». Plusieurs propositions du cahier de Vitré demandent « le rétablissement de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune) » et « de combattre la fraude fiscale et les niches fiscales ». À plusieurs reprises aussi, il est demandé la suppression « les privilèges des anciens Présidents de la République », voire des « anciens membres de gouvernement ». Plusieurs personnes veulent aussi que soit réduit « le nombre de sénateurs et de députés » et « leurs salaires ».
En 1 789, le Tiers État de Vitré dénonce « les pensions excessives et trop multipliées accordées ou à des riches », insistant pour que les dépenses de l’État « soient réduites […] eu égard à la misère de la classe du peuple qui en supporte la plus grande partie ».

Un cahier de doléances et de suggestions est à la disposition des habitants à l’accueil de la mairie aux heures d’ouverture. Ici dans la mairie de Rennes. | OUEST FRANCE
En 2019, dans quasiment une doléance vitréenne sur trois, il est réclamé la mise en place du RIC (référendum d’initiative citoyenne). Autre requête : la reconnaissance des votes blancs et des abstentions.
En 1789, le cahier de doléances de Vitré insiste, lui, sur le besoin de proportionnalité : « Les États généraux étant une assemblée générale de la Nation, le Tiers État, qui en fait la plus considérable partie, doit avoir à cette assemblée une représentation suffisante pour qu’elle puisse être réputée légale, et cette représentation ne peut être réputée suffisante, si les députés de l’ordre du Tiers ne sont pas au moins en nombre égal à celui des députés des deux ordres de l’Église et de la Noblesse réunis. »