« Hommage à toutes les victimes de l’OAS,
comme tous les 6 octobre »

Hommage « à la mémoire de toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France, civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République ».
En présence de : Monsieur Hamidou Samaké, Conseiller de Paris, Conseiller délégué au Maire du 20è, de représentants d’associations dont Mme Maryse Gavoury, veuve de M. Jean-François Gavoury (Anpromevo) et des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons Avec le soutien de : Comité national de la FNACA, Comité Mémoire-Vérité-Justice pour Charonne.
Intervention de Jean-Philippe Ould Aoudia

Mesdames et Messieurs, chers amis,
Merci d’être venus rendre hommage devant cette stèle élevée « À la mémoire de toutes les victimes de l’OAS en Algérie et en France, civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires, défenseurs des institutions et des valeurs de la République ».
Le congrès national de la FNACA et la maladie de ses porte-drapeaux font qu’exceptionnellement, il n’y a aucun de ses représentants aujourd’hui mais une gerbe de fleurs témoigne de leur présence par la pensée.
Le comité Mémoire-Vérité-Justice pour Charonne a fait parvenir une gerbe, ses principaux représentants étant malades mais eux aussi avec nous par la pensée.
Maryse Gavoury est à nos côtés : elle a fait livrer des fleurs au nom de l’Anpromevo.
Plusieurs adhérents de notre association, âgés, ont écrit pour dire qu’ils sont avec nous par la pensée. Nous sommes donc peu nombreux aujourd’hui.
Le 15 juin 2020, le Président de la République a confié à Henri Rousso, président de la mission de préfiguration du Musée mémorial des sociétés face au terrorisme, (MMT) une mission qui doit définir un projet scientifique et culturel, un cahier des charges et un lieu d’implantation du MMT.
Le Chef de l’État écrit : …Les victimes attachent un prix immense à ce que l’oubli n’efface pas le souvenir des tragédies qu’elles ont vécues […] ce musée unique au monde par sa conception et sa dimension universelle, (qui) opposera à la barbarie et à la force mortifère de l’oubli, la lumière vitale de la mémoire et de la connaissance.
Le 19 mars 2022, au Palais de l’Élysée, énumérant ses 19 actes mémoriels dont 7 déclarations formelles, le Président de la République a rendu hommage aux six dirigeants des Centres sociaux éducatifs massacrés par l’OAS le 15 mars 1962 à Alger.
J’ai remercié de vive voix le Chef de l’État et je le remercie encore aujourd’hui, ici, devant l’unique stèle qui rend hommage à toutes les victimes de cette organisation d’extrême-droite.
Le Président de la République aurait pu aller plus loin mais il a préféré en rester là.
En effet, à ce jour, toutes les autres victimes françaises de l’OAS, au nombre de 2545 (moins les six déjà nommées), selon le bilan fourni par la gendarmerie nationale en 1963 sont oubliées.
Cet oubli, les familles le ressentent comme une atteinte à la dignité de leur disparu par le Chef de l’État lui-même parce que, bien entendu, l’oubli est un outil politique, il est le versant noir de la commémoration.
De plus, le refus d’honorer ces victimes du terrorisme domestique blesse leurs descendants, car leur parent assassiné a souvent été le dernier rempart de la République, il représentait ses valeurs et l’ordre démocratique.
Facteur accablant, face à ces victimes, les archives nationales montrent que les auteurs d’attentats doivent être vus désormais, non pas comme « une armée de patriotes », mais comme un « gang de malfaiteurs payés » qui percevaient un salaire de la part de l’OAS.
C’est pourquoi votre présence pour honorer les victimes de l’extrême-droite est un geste fort dans le contexte politique que nous subissons aujourd’hui. Notre présence est dénonciation de ce que l’extrême-droite est capable de commettre.
Une impasse mémorielle
Cet oubli politiquement réfléchi est contraire avec les principes même du MMT élevé au Mont Valérien et qui devrait être inauguré en 2027.
En effet, le MMT a pour vocation de : « couvrir l’histoire du terrorisme sous toutes ses formes, sur une longue durée et à une échelle nationale […].européenne et mondiale […], assurer une égalité devant la mémoire.
Il doit s’opposer à « la force mortifère de l’oubli » pour reprendre les propos même d’Emmanuel Macron mais, mais, mais à partir de 1974. Pas avant.
Cette date est celle de l’attentat du drugstore Saint Germain commis par « Carlos » le 15 septembre 1974.
Il n’y aurait de terrorisme que le terrorisme pro palestinien ou djihadiste. ?
Les Français ne pourraient pas être terroristes à un moment de l’histoire ?
Que font les autres pays face aux victimes de leurs terroristes nationaux ?
Je n’en citerai que deux :
À Victoria Gasteiz, au pays basque, l’Espagne a construit le Memorial de las Victimas del Terrorismo en hommage aux 1453 victimes de l’ETA (Euskadi Ta Askatasuna), organisation terroriste basque, mais les basques sont espagnols.
Les 63 280 victimes péruviennes des terroristes péruviens du Sentier Lumineux sont honorées par le Lugar de la Memoria, la Tolerancia y la inclusion social.
La France élève un Musée mémorial du terrorisme, mais la République fait silence sur ses propres 2545 citoyens – moins les six- tombés sous les coups de terroristes français, afin de ménager ceux qui s’y réfèrent encore aujourd’hui ?
Ce musée mémorial risque bien d’être unique au monde par le refus de l’État qui le construit, d’honorer ses propres citoyens victimes de ses propres terroristes !
Toutes les victimes de la guerre d’Algérie doivent rester à l’écart des Jeux de l’État. Toutes, sans exception.
Toutes « les mémoires blessées de la guerre d’Algérie » doivent bénéficier de la même considération de la part de l’État. Toutes, sans exception.
La France doit donc se désolidariser des crimes commis par des salariés de l’OAS et exprimer sa reconnaissance à ceux qui en ont été les victimes
Il y va de la cohérence de la politique mémorielle menée par le Président de la République pour honorer les mémoires blessées de la guerre d’Algérie.
Il y va de la cohérence avec la vocation affichée du Musée mémorial du terrorisme voulue par le Président de la République pour s’opposer à la force mortifère de l’oubli.
L’unité de la Nation face aux morts, aux disparus et aux victimes de la guerre d’Algérie est à ce prix.
Mesdames, messieurs, chers amis, je vous remercie.
Jean-Philippe Ould Aoudia

Le père de Jean-Philippe Ould Aoudia, Salah Henri Ould Aoudia, fut l'un des six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés par l'Organisation de l'armée secrète (OAS) le 15 mars 1962, lors de l'attentat dit Assassinat de Château-Royal.

« Vous pouvez torturer la chair
Et vous pouvez tordre les cœurs
Le chant retentira toujours.
Vous pouvez préparer
Mille instruments d'horreur
Mais vous n'extirperez jamais
De l'écorce vive de l'homme
La blanche amande de l'espoir »
Emmanuel Roblès
