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"Je suis Charlie", message de Mme Delphine Renard, victime du terrorisme de l'OAS en février 1962

"Je suis Charlie", message  de Mme Delphine Renard, victime du terrorisme de l'OAS en février 1962

"Je suis Charlie", message

de Mme Delphine Renard, victime du terrorisme de l'OAS

en février 1962

8 janvier 2015

De la part de Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo),

Ce message de notre amie Delphine Renard, victime survivante d’un acte terroriste commis par un commando de l’OAS le 7 février 1962, dans le département de la Seine, et visant l’écrivain et ministre de la culture André Malraux :

 

"Je suis Charlie", message  de Mme Delphine Renard, victime du terrorisme de l'OAS en février 1962

Le massacre à la rédaction de "Charlie-Hebdo" : l’assassinat de Jaurès, multiplié par douze, et soi-disant pour venger Allah ou Mahomet. Combien se vérifie l’ancienne couverture du journal, représentant le prophète écrasé de désespoir et s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ! » 

La France est l’un des rares pays du monde à avoir conquis, à prix de sang, la liberté de penser, de parler, de dessiner, d’écrire. C’est tout récent, à peine plus de deux siècles, et encore. 

La terreur ne doit pas passer. Nous constatons, devant ces cadavres, ces douilles et ces témoins sidérés, à quel point cette liberté est fragile. L’humour est ce qui manque totalement aux barbares, incapables de laisser exister le moindre écart  entre le mot et la chose, entre eux et les autres, incapables de répondre en argumentant plutôt qu’en tuant. 

Plus que jamais, je veux donc écrire, m’unissant à tous ceux qui, rassemblés dans diverses villes de France, ont brandi des crayons en guise d’armes. Ecrire, y compris des fictions. Car il ne faut pas s’y tromper. Hier, ce sont des caricaturistes politiquement engagés qui ont été abattus. Mais les totalitaristes abhorrent autant l’art abstrait : souvenons-nous de la chasse à « l’art dégénéré » pendant la montée du nazisme. Peindre de pures taches de couleur, écrire des histoires, c’est donner corps à un univers singulier, une sensibilité individuelle, une fantaisie affranchie du « bien-penser » et des langues de bois. Ces échappées de l’esprit seront toujours intolérables aux brutes malfaisantes qui tentent d'écraser toute vie de la pensée avec l'alibi de leur "religion". 

Socrate a été empoisonné alors qu'il aidait chacun à accoucher de lui-même. Des livres sont brûlés en place publique à chaque retour de l’intolérance... Alors je prends la plume, depuis ce nom que j’endosse en fraternité avec toute une population en état de choc : « je suis Charlie ». 

Delphine RENARD

 

  

 

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