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SOUVENIR DE 2011 – micheldandelot1
Jean-François Gavoury me fait parvenir
ce nouvel article :

En mémoire d’Alfred Locussol, première victime de l’OAS, une stèle installée sur le parvis de la gare d’Alençon

L’AVENTURE DE L’ANPROMEVO
EN CINQ ÉPISODES
1°] Les prémices
Morceau choisi de la partie II de l’ouvrage intitulé La Bataille de Marignane paru en février-mars 2006, dans la collection "Ces oubliés de l’Histoire", aux éditions Tirésias-Michel Reynaud 21 rue Letort 75018 Paris - Préface de Pierre Joxe.
NI OUBLI, NI PARDON
Un impossible oubli
En 1980, un monument à la gloire des "Martyrs de l’Algérie française" est érigé à Toulon, porte d’Italie. Ce mémorial de plus de deux mètres de haut sur six mètres de large est détruit par un attentat, le 8 juin 1980, quelques jours avant la date de son inauguration. Celle-ci a cependant lieu le jour prévu, le samedi 14 juin 1980, en présence d’Edmond Jouhaud, de Jacques Dominati, alors secrétaire d’Etat chargé des rapatriés, et de Maurice Arreckx, député-maire de Toulon.
À la suite de cet événement, dans l’édition du 20 juin 1980 du journal "Le Matin", Jean-François Kahn fait paraître, sous le titre "De quel oubli parle-t-on ?", un estimable texte dont je reproduis ici des extraits :
« Oui, il faut savoir oublier.
« Mais qui oublie ?
« Oublient-ils, ceux qui ne craignent pas d’élever un monument à la gloire de l’OAS ? Oublient-ils, ceux qui, avec la complicité d’un sous-ministre prêt à toutes les bassesses, osent réhabiliter un tueur dont les victimes furent plus nombreuses que celles du bon M. Landru ?
« Oublient-ils, ceux qui, côté cour, exigent du pouvoir une répression toujours plus aveugle et, côté jardin, font l’éloge de l’assassin du commissaire de police Gavoury ?
« Oublient-ils, ceux qui cherchent à canoniser l’homme qui tenta, au Petit-Clamart, d’assassiner le général de Gaulle ?
« […] Mais de quel oubli parle-t-on exactement lorsque, le jour de l’anniversaire du 18 juin, de tristes sires s’en vont - ce qui est parfaitement leur droit - déposer des fleurs sur la tombe du maréchal Pétain et en profitent pour rendre hommage - ce qui n’est plus tout à fait leur droit - au fait qu’il a renversé la République et a instauré en France un régime fascisant ?
« […] Oublier, oui.
« Mais est-il possible d’oublier quand ils reviennent et sans avoir, eux, oublié ? ».
Personne ne m’a demandé d’effacer de ma mémoire ceux à qui je devais d’avoir été privé de mon père à onze ans et pour toujours.
Ceci étant, à supposer que j’en aie éprouvé l’envie, voire le besoin, force est d’admettre que j’aurais été dans l’impossibilité d’y parvenir jamais, compte tenu de la multiplication des lieux de célébration du souvenir de ceux qui, au nom de l’OAS, ont tué ou tenté de tuer.
De tels sites n’ont pas pour seul objet de perpétuer cette mémoire. Ils visent aussi, en eux-mêmes et par les rassemblements dont ils sont le centre, à entretenir un climat de polémique, à mesurer le niveau de l’indifférence de la puissance publique à l’égard de l’injure faite à un ancien Président de la République, à tester la résistance morale des familles à l’outrage fait aux victimes des crimes de l’OAS.
En effet, lors des inaugurations de stèles à la mémoire des quatre exécutés de l’OAS, et lors de commémorations qui s’y déroulent, les noms de Degueldre, Dovecar et Piegts sont, après celui de Bastien-Thiry, cités par l’intervenant qui invite l’auditoire à reprendre avec lui, à haute voix, "Morts pour l’Algérie française, morts pour la France.".
Cependant, en prétendant exercer ainsi leur devoir de mémoire à l’égard des morts dont ils s’approprient le souvenir, les organisateurs de ces manifestations commettent une erreur stratégique. Empêcher que ceux qu’ils idolâtrent tombent dans l’oubli, c’est empêcher l’oubli des actes pour lesquels leurs prétendus héros ont été jugés. Leur attribuer la qualité - ô combien usurpée - de "mort pour la France", c’est éveiller chez les enfants de leurs victimes françaises - parfois des pupilles de la Nation - un double sentiment : celui de la révolte, incompatible avec le pardon ; celui de la provocation, amenant à une demande d’intercession judiciaire. Si le premier leur importe peu, sans doute devraient-il se défier du second.

13 février 2006
Préface
13 février 2006
Il y a aujourd’hui plus de quarante ans que les trahisons et les crimes qui ont accompagné la fin de la guerre d’Algérie ont eu lieu.
Ceux qui ont connu cette époque ont tendance à l’oublier.
Elle est pleine de trop mauvais souvenirs, à commencer par la félonie de quelques officiers trahissant leur mission pour organiser l’assassinat d’innocents et le terrorisme qui frappa des femmes et des enfants au nom de « l’organisation armée secrète ».
Cette crise finale, venant après tant de drames, a tendance à disparaître de nos souvenirs. Ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes à l’époque, il y a une ou même deux générations, n’ont pas tellement de raisons de connaître ces faits. Si la crise a été très violente, elle a été assez brève et ceux qui l’ont traversée ont souvent préféré tourner la page.
Il y a pourtant un devoir de mémoire à l’égard des hommes et des femmes qui, après avoir passé leur vie au service de la collectivité, dans l’enseignement, dans l’administration publique ou dans la police nationale, ont été tués par des traîtres.
Ce sont aujourd’hui deux fils qui témoignent à la mémoire de leurs pères assassinés :
Le fils du Commissaire Gavoury que j’avais eu l’occasion de rencontrer à Alger pendant mon service militaire, et le fils de Salah Henri Ould Aoudia - l’un des responsables des célèbres « centres sociaux », qui faisaient notre admiration sous l’impulsion de Germaine Tillion.
Mais plusieurs dizaines d’autres fonctionnaires, enseignants, policiers, ou militaires loyaux ont été assassinés par l’OAS en 1962. L’OAS a aussi brûlé des écoles et détruit par incendie les centaines de milliers de livres de la bibliothèque universitaire d’Alger.
Quelles que soient à présent les conséquences juridiques des lois d’amnistie, ces crimes-là sont aussi ineffaçables que l’honneur des serviteurs de l’Etat dont ils ont provoqué la mort et auxquels il est juste de rendre hommage.
Pierre JOXE
Ancien Ministre
2°] L’objet statutaire de l’ANPROMEVO
(créée et déclarée à la préfecture de police le 7 avril 2006) :

Cette association a pour buts :
- d’assurer […] la protection de la mémoire de l’ensemble des victimes - décédées, disparues ou survivantes, quelle que soit ou ait été leur nationalité - des crimes, tentatives de crimes, attentats et actes terroristes commis par les membres ou au nom de l’Organisation armée secrète (OAS) ;
- de participer […] à la défense des intérêts tant matériels que moraux des parents et enfants des victimes de ladite organisation […] ;
- de prévenir […] les atteintes à l’honneur et à la dignité des victimes de l’OAS et de célébrer leur souvenir pour celles d’entre elles qui sont décédées ;
- de développer toutes initiatives tendant à établir ou restaurer la vérité historique des faits imputables à l’OAS, qu’ils aient été commis en Algérie ou sur l’actuel territoire national, et, à tout le moins, de lutter contre toute forme de révisionnisme ou de négationnisme dont ils ont été, sont ou pourraient être l’objet.
3°] Sortie en DVD du film de Djamel Zaoui OAS, Un passé très présent (juin 2008)
Durée : 52 minutes - Studio : "Les Films du Paradoxe"

4°] Allocution de M. Bertrand Delanoë le 6 octobre 2011
à l’occasion de la cérémonie de dévoilement de la stèle dédiée par la Ville de Paris à l’ensemble des victimes civiles et militaires de l’OAS dans l’enceinte du cimetière du Père Lachaise :

« Venant ici ce matin […], je disais : « Mais comme c’est difficile, et pourquoi attendre tant de temps ? ».
Est-ce si dur ? Est-ce si dur d’être humble et courageux vis-à-vis de la vérité ?
La vérité, c’est que, dans les pages de notre histoire, il y a des drames, il y a des douleurs inouïes, et ces douleurs inouïes, elles ne viennent pas de nulle part : elles viennent d’idées, elles viennent de pensées qui se traduisent par des actes barbares.
L’OAS, c’est une organisation terroriste, c’est une organisation criminelle, c’est une organisation qui a voulu détruire la République. Les victimes que nous honorons aujourd’hui sont des femmes, des hommes, des enfants, des policiers, des militaires, des Français, des Algériens, des femmes et des hommes morts parce qu’une organisation a contesté l’ordre démocratique, a voulu l’abattre et a utilisé les moyens les plus horribles pour tenter d’atteindre ses objectifs.
Pourquoi est-il si long, pourquoi est-il si dur de poser ces actes évidents ?
Je le dis avec émotion, gravité : je suis en même temps fier que Paris soit la première commune, la première institution française, à oser le faire, mais avec le regret que cela n’ait pas été fait plus tôt.
[…]
Aujourd’hui, nous arrivons à mobiliser contre le terrorisme, contre les idéologies barbares, et ce qui s’est passé il y a quelques décennies semble nous coûter plus.
Non !
Paris, aujourd’hui, capitale de la France, Paris capitale de la République, Paris héritière de valeurs universelles, de valeurs de libertés, des droits de l’homme, Paris aujourd’hui relève la tête en disant que l’OAS était une organisation idéologiquement criminelle et, dans ses actes, barbare.
Je veux le dire pour les victimes, je veux le dire pour l’unité de la collectivité nationale : il n’y a pas d’unité du peuple français s’il a peur de la vérité. Il ne peut pas penser son avenir sur l’ambiguïté ou sur une sorte de lâcheté par rapport à l’Histoire.
En honorant aujourd’hui les victimes de l’OAS, en posant cet acte fort de Paris condamnant une idéologie et des actes, je veux en même temps poser un acte de rassemblement.
Dans ce moment, je n’oublie pas les Morts pour la France, que nous avons voulu honorer à quelques mètres d’ici. Je n’oublie pas les harkis et leurs familles qu’à plusieurs reprises j’ai voulu honorer. Je n’oublie pas les Morts de Charonne. Je n’oublie pas les Rapatriés d’Afrique du Nord : j’en suis un ! Je n’oublie pas leurs souffrances. Mais je ne veux pas oublier les victimes algériennes d’une guerre coloniale et d’actes barbares qui se sont déroulés en plein Paris et en particulier au pont Saint Michel le 17 octobre 1961.
Pour unir, pour rassembler, pour servir la paix, pour être ensemble, il n’y a qu’un moyen : la vérité, l’humilité et la dignité de savoir dire quelles sont les victimes et de savoir dire - je l’affirme en laïc républicain - quelles sont les forces du Mal. Et les forces du Mal, ce sont les idéologies qui refusent l’autre, qui refusent son droit à la dignité, qui refusent notre égalité dans nos différences.
Dans ce geste, Paris rend hommage à ces personnes, à ces victimes. Paris dit ce qui lui paraît vrai sur cette Histoire. Mais Paris, à travers ce geste, veut proclamer son amour de la France : son amour de la France quand elle n’est pas raciste, son amour de la France quand elle n’a pas des visées de domination et qu’elle ne veut pas écraser un peuple, quand la France n’est pas une puissance coloniale, quand la France de Victor Hugo, quand la France des Lumières, quand la France des libertés est au contraire pour tous les peuples du monde, non seulement une référence, non seulement une espérance, mais aussi une terre d’accueil.
Lorsque nous refusons parmi nous les autres, nous ne sommes pas la France.
Ce moment, je veux qu’il soit vrai, qu’il soit profond, qu’il ne cache aucun des éléments de cette émotion qui nous atteint. Je veux aussi que ce soit un moment de force, de puissance pour des valeurs, des valeurs éternelles de la France qui ne peuvent briller que quand le courage, l’honnêteté intellectuelle et la vérité triomphent : c’est peut-être ce que, modestement, nous faisons ensemble aujourd’hui. "

5°] Mots du Président de la République Emmanuel Macron le 18 octobre 2022
en l’Hôtel national des Invalides en hommage aux combattants de la guerre d’Algérie et notamment aux victimes de l’OAS :
« Nous reconnaissons avec lucidité que dans cette guerre il en est qui, mandatés par le gouvernement pour la gagner à tout prix, se sont placés hors la République. Cette minorité de combattants a répandu la terreur, perpétré la torture, envers et contre toutes les valeurs d’une République fondée sur la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Une poignée d’entre eux se livra même, dans la clandestinité, au terrorisme.
Reconnaître cette vérité ne doit jamais nous faire oublier que l’immense majorité de nos officiers et de nos soldats refusa de violer les principes de la République française. Ces dérives criminelles, ils n’y ont pas souscrit, ne s’y sont pas soumis, et s’y sont même soustraits. En conscience, avec courage, certains prirent la parole ou la plume pour les condamner publiquement. Et en 1961, lors du putsch des généraux d’Alger, la loyauté de la plupart de nos combattants fut cette digue décisive qui fit tenir notre République et notre Nation. »
