
Je suis Franco-Algérienne et je regarde
les deux matchs ce soir lundi 30 juin 2014
Rachida Abdi
La France ou l’Algérie ? N’a-t-on rien trouvé de mieux que de me pousser à choisir entre mon pays d’origine et mon pays d’adoption ?
Parce que quelques casseurs se sont mêlés aux supporters algériens lors de la qualification de l’équipe d’Algérie, voilà que les binationaux de France se retrouvent au cœur de l’actualité politique française. (En même temps, rien de mieux que de détourner le regard des millions de français de leurs problèmes quotidiens...)
Où l’on se souvient de Brice Hortefeux
Rachida Abdi, 47 ans, nous a fait parvenir ce témoignage, ce lundi soir. Elle ne supporte plus le climat qui règne en France depuis quelques jours. Rachida vit en France depuis 1994. Elle est venue ici pour compléter son cursus universitaire, elle s’est finalement mariée et installée. Elle a été cadre RH dans une entreprise à Amiens. Elle travaille maintenant au lancement d’un site culturel, « e-magazine », pour les binationaux (justement). N.L.B.
Quand des jeunes voyous s’incrustent par exemple, dans la « Manif pour tous », on les appelle les casseurs mais quand ils s’incrustent parmi les supporters de l’équipe d’Algérie, ce sont forcément des supporters franco-algériens qui n’aiment pas la France et qui veulent nous refaire un remake de la guerre d’Algérie en France... Fallait la trouver, celle-là.
Parmi les supporters, on trouve plusieurs catégories :
Et c’est là qu’on se remémore la fameuse phrase de Brice Hortefeux :
« Quand il y en a un, ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes... »
« Vendredi prochain, tu serais pour qui ? »
Cette catégorie de personnes n’est pas composée forcément de gens d’extrême droite, juste des gens qui se nourrissent inconsciemment des discours du FN et du bloc identitaire, tout en le niant.
Ceux-là mêmes qui vont vous poser la question qui tue :
« Si la France et l’Algérie se qualifient ce soir, elles se retrouvent l’une contre l’autre vendredi prochain, tu serais pour qui ? »
Tu réponds « la France », on dira de toi que tu renies tes origines. Tu réponds « l’Algérie », on dira de toi que tu n’es pas juste envers le pays qui t’a accueillie ! Tu ne mériterais donc pas la nationalité française...
Dois-je vraiment choisir ? On me demande de choisir entre ma mère et mon père ! Va-t-on vers l’invention du thermomètre mesurant le degré de patriotisme pour tel ou tel autre pays ?
Si je choisis de supporter l’Algérie au détriment de la France, devrais-je prévoir de me séparer de mes enfants ? Si je choisis de supporter la France, devrais-je m’attendre à me voir reniée par mes parents ? Dites-moi juste ce que je dois faire !
Tout d’un coup, je suis curieuse de savoir qui des deux sœurs Williams, leurs parents ont dû soutenir lors des finales de Grand Chelem disputées en face à face et en simples ?
Je suis une binationale qui s’assume
On n’est pas là à se poser des questions tous les matins – qui suis-je aujourd’hui ? Française ou Algérienne ?
Ce lundi, j’ai décidé de suivre les deux rencontres, France-Nigeria et Allemagne-Algérie. Je suis une binationale qui s’assume.
J’aime mes enfants, j’aime mes parents, je ne choisirai jamais entre les deux pays. J’aime la France, j’ai choisi d’y vivre et j’ai choisi d’y élever mes enfants et j’aime l’Algérie parce que j’y suis née.
Vive la France ! Vive l’Algérie !