Marseille : le maire rebaptise
une école portant le nom
d’un colonisateur de l’Algérie

Le maire de Marseille, Benoît Payan, n'appelle pas pour autant à oublier le maréchal Bugeaud, dont les crimes « ne doivent pas être effacés de notre mémoire », selon lui. AFP/Christophe Simon© AFP/Christophe Simon
« Cette école de Marseille portait le nom d’un bourreau. Aujourd’hui nous lui donnons celui d’un héros », a annoncé le maire,
Benoît Payan. L’école « Bugeaud », maréchal français ayant participé à la colonisation de l’Algérie, a été officiellement renommée « Ahmed Litim », du nom d’un tirailleur algérien, ce jeudi, a-t-on appris auprès de la mairie. « Aujourd’hui, nous lui donnons un nouveau nom, celui d’un tirailleur algérien, celui d’un héros qui a donné sa vie pour libérer notre ville », a précisé le maire socialiste Benoît Payan sur Twitter, publiant une photo de la nouvelle plaque. L’école Ahmed Litim, située dans le très populaire troisième arrondissement de Marseille, portait jusqu’à présent le nom d’un colonisateur de l’Algérie, le maréchal Bugeaud, dont les crimes « ne doivent pas être effacés de notre mémoire », a mis en garde Benoît Payan. « Donner aux enfants l’exemple d’un héros » « L’Histoire de la France, c’est aussi celle de Bugeaud, de la colonisation ou de la collaboration. Cette histoire, nous continuerons de l’enseigner et de l’apprendre à nos enfants ». Mais la ville a choisi « de donner aux enfants de Marseille l’exemple d’un héros plutôt que celui d’un bourreau », selon les mots du maire. L’histoire d’Ahmed Litim, a raconté le maire lors de la cérémonie de dénomination, c’est celle « d’un enfant d’Algérie (…) engagé, très jeune, dans l’Armée d’Afrique », mort le 25 août 1944, fauché par un obus allemand, en participant à libérer la ville. « Nous saluons la position de la ville de Marseille qui a consisté à débaptiser l’école Bugeaud », a réagi Samia Chabani, du centre de ressources sur l’histoire et les mémoires des migrations à Marseille, Ancrages. L’association milite pour « que les civils ou militaires auteurs de violences et de guerre coloniale ne soient plus honorés dans l’espace public », et demande notamment que les associations valorisant l’histoire et « les mémoires des descendants des migrations postcoloniales » soient représentées à la commission des noms de rues.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour voir une vidéo et l’explication du maire de Marseille :
Débaptiser l’école Bugeaud c’est bien !
Et le nom de la rue ?
Ce matin, du 10 novembre 2022, un hiver marseillais ensoleillé, les lueurs d’espoir ne sont pas au rendez-vous.
Benoit Payan, maire de Marseille, a inauguré l’école Ahmed Litim, caporal au 7e régiment de tirailleur algérien, mort le 25 août 1944 lors de l’assaut vers le Fort Notre Dame au cours de la campagne militaire de libération de la ville contre les occupants nazis.
Cette école portait jusque-là, le nom du Maréchal Bugeaud idéologue raciste et criminel, théoricien et praticien bourreau des « indigènes» algériens qu’il a soumis à une guerre totale, aux massacres, aux déportations, aux razzias, aux « enfumades » et aux destructions de villages livrées aux flammes par ses armées.
Cela fait plusieurs années que des associations* mènent des actions pour exiger que soit remise en cause la présence dans l’espace public des noms de criminels de guerre tels que Bugeaud, Cavaignac et bien d’autres. Ces noms ont été choisis par les équipes municipales à une époque où le colonialisme était la doctrine de la République, pour promouvoir les « valeurs » portées par ces personnages. Il est intolérable que cette situation puisse durer encore. L’inauguration de l’école Ahmed Litim est un pas important si cela précède une remise en cause plus générale dans notre ville. Le nom de Bugeaud ne figurera plus au fronton de l’école aux côtés de la devise « liberté, égalité, fraternité », mais son adresse est 12, rue Bugeaud, cela reste un problème !
Nous n’avons pas été invités, mais nous avons décidé d’être présent-e-s à la cérémonie de ce jeudi 10 novembre. Si les paroles d’hommage au soldat algérien venu mourir pour la libération de la ville sonnaient juste, de même que la dénonciation des crimes du militaire Bugeaud, nous avons aussi remarqué que l’action des associations n’était pas mentionnée par le maire, comme s’il avait décidé ça, tout à coup, de sa propre initiative.
Bien plus, nous avons été choqués de voir cités à cette cérémonie le CRIF et le FSJU, associations qui soutiennent et tentent de légitimer la politique coloniale de l’état israélien qui mène encore aujourd’hui une politique d’apartheid vis-à-vis des populations palestiniennes. En effet la présence de ces deux associations nous amène à penser que le discours tenu est en contradiction manifeste avec la réalité de la poursuite du colonialisme que par ailleurs, Monsieur le Maire, vous déclarez dénoncer.
Il nous faut encore renforcer la mobilisation si nous ne voulons pas que cette cérémonie soit un simple alibi pour laisser tout le reste en l’état, voire pire.
Nous faisons confiance aux collectifs militants pour poursuivre une riposte à la hauteur des enjeux et qu'ils viennent inventer de nouvelles manières d’habiter cette ville.
* Notamment le collectif culture des états généraux de Marseille.