Perpignan : duel à distance au cimetière
du Vernet entre partisans et opposants
de l'Algérie Française

Des opposants à la commémoration du 7 juin étaient mobilisés aux abords du cimetière du Vernet. Independant - Michel Clementz
Craignant des débordements, ce mardi 7 juin 2022, la Préfecture avait pourtant pris un arrêté interdisant tout rassemblement à cet endroit. Cela n'a pas empêché les nostalgiques de l'Algérie française et leurs opposants de faire entendre leurs voix.
En dépit de l'arrêté préfectoral interdisant les rassemblements (1) dans et aux abords du cimetière du Vernet à Perpignan, ce mardi 7 juin, partisans et opposants de l'Algérie française se sont affrontés au jeu du chat et de la souris pour défendre leur vision de l'Histoire, malgré la présence des forces de l'ordre.
À l’intérieur du cimetière, une poignée de personnes ont répondu à l'appel de l'Adimad-Mraf pour déposer une gerbe au pied d'une stèle controversée marquant la date anniversaire de l'exécution de deux membres de l'OAS, condamnés à mort par la justice française pour l'assassinat d'un fonctionnaire.
"Ces militaires qui ont déserté l'armée ont été fusillés car ils se sont engagés pour l'Algérie française", s'est exprimé Jean-Pierre Prevoteaux, balayant l'idée de crime de guerre commis par le mouvement paramilitaire. "On a fait que défendre un patrimoine français et ce que nos pères avaient créé en Algérie. Si c'est un crime, alors nous sommes des criminels", ont poursuivi ces militants dans un discours par ailleurs teinté de remarques racistes ou homophobes.
Les opposants à l'hommage
À l’inverse, une vingtaine d'opposants à ce rassemblement a fini par surgir d'une pinède située en face du cimetière et déployer des banderoles pour manifester leur hostilité à une initiative qu'ils considèrent être "une apologie de crime de guerre".
"Ces personnes honorées ont fait les pires des choses et ont été condamnées et exécutées par la justice française. Elles ont attenté à la République en tirant sur le général De Gaulle, assassiné des innocents", dénonce Jacky Malléa, membre fondateur de l'Association nationale des Pieds noirs progressistes. Cette dernière milite ardemment pour que cette stèle érigée en 2003 dans le cimetière perpignanais soit déplacée dans un lieu privé et remplacée par un monument rendant hommage à tous les disparus de la Guerre d'Algérie.
Une polémique qui suscite chaque année des tensions alors que les portes du cimetière demeuraient jusqu'à l'année dernière le plus souvent fermées pour éviter tout débordement à l'intérieur. "Du temps de Pujol le cimetière était systématiquement fermé le matin. Depuis l'élection de Monsieur Aliot, le cimetière est ouvert", avance à son tour un membre du Collectif pour une histoire franco-algérienne non falsifiée, réunissant plusieurs organisations de gauche et d'extrême gauche.
Une association qui avait organisé, le 19 mars dernier, une commémoration pour saluer l'anniversaire officiel marquant la fin de la guerre d'Algérie. Pendant ce temps, le drapeau tricolore était en berne sur le fronton de la mairie de Perpignan.
(1) Perpignan : le préfet interdit
les rassemblements du 7 juin
dans et aux abords du cimetière
du Vernet

Le préfet a interdit les rassemblements au cimetière du Haut-Vernet ce mardi 7 juin. L'INDEPENDANT Independant Indepe - MICHEL CLEMENTZ
Les services de l'Etat craignent des débordements entre les partisans et les opposants de l'Algérie française.
"Compte tenu de la sensibilité du contexte local et la détermination des protagonistes, tout rassemblement, quels qu'en soient les organisateurs, aux abords ou à l'intérieur du cimetière du Haut-Vernet, à Perpignan, présente un risque sérieux et grave de troubles à l'ordre public". Par un arrêté pris le jeudi 2 juin, le préfet des Pyrénées-Orientales, Etienne Stoskopf, a pris la décision d'interdire les manifestations habituelles à Perpignan qui opposent les nostalgiques de l'Algérie française et plusieurs organisations de la gauche radicale.
Les premiers cités entendaient, à l'initiative de l'Adimad-Mraf, organiser un défilé du portail d'entrée du cimetière jusqu'à la stèle rendant hommage à l'OAS, en ce 7 juin, date anniversaire de l'exécution de deux membres du mouvement paramilitaire, condamnés à mort par la justice française pour l'assassinat d'un fonctionnaire. Des dépôts de gerbe, ainsi que des prises de paroles et un moment de recueillement étaient également prévus.
Opposé à ce rassemblement qu'il considère comme "une apologie de crime de guerre", le collectif Pour une histoire franco algérienne non falsifiée, réunissant plusieurs organisations d'extrême gauche et de gauche, entendait eux aussi manifester pour marquer leur hostilité à cette initiative.
"Un cimetière est un lieu public qui ne saurait être le théâtre d'affrontements ou d'incidents, et que la paix civile doit y être préservée par respect des défunts qui y reposent et de leurs familles", précise également l'arrêté préfectoral.
À noter que les contrevenants à cette interdiction sont passibles de sanctions pénales, soit six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. Selon nos informations et contrairement à certaines années, le cimetière du Haut Vernet devrait rester ouvert toute cette journée de mardi.
SOURCE : Perpignan : le préfet interdit les rassemblements du 7 juin dans et aux abords du cimetière du Vernet - lindependant.fr