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« Yallah Gaza », un documentaire pour mémoire

 

« Yallah Gaza », un documentaire

pour mémoire

« Yallah Gaza », un documentaire pour  mémoire

 

Le documentaire de Roland Nurier Yallah Gaza est dans les salles françaises depuis le 8 novembre 2023. Sa sortie a été accompagnée d’annulations de projections, y compris à l’Assemblée nationale, et d’appels à la censure. S’y mêlent analyses et témoignages, entre la France et Gaza, pour un film engagé qui s’assume comme tel. 

Une question vient à l’esprit, lancinante, tout au long des 100 minutes que dure Yallah Gaza, le documentaire de Roland Nurier tourné en 2022 dans l’enclave palestinienne : combien, parmi les Gazaoui·es filmé·es et interviewé·es dans ce film, sont encore vivants ? Comment vivent-ils, ou survivent-ils, dans cette tourmente sanglante qui emporte leurs existences depuis le 7 octobre et les attaques meurtrières du Hamas en Israël ? Combien sont morts dans les bombardements israéliens ? Quel futur pour ces enfants qui participent à des thérapies de groupe qui leur rendent le sourire, si tant est que cette nouvelle guerre, plus violente encore que celles qu’ils ont déjà subies, les épargne ?

Là n’est pas la moindre qualité de ce film foisonnant et engagé : donner vie aux habitants de la bande de Gaza. Une autre vie que celle, tronquée, montrée habituellement sur nos écrans, faite de bombardements, de poussière, de cris et de sang. Tout est là, bien sûr, dans les images d’archives, dans celles des bâtiments aplatis par les missiles et pas encore dégagés, dans les paroles et dans les corps meurtris. Mais ce que saisissent et portent Roland Nurier et l’équipe palestinienne qui a filmé à Gaza — le réalisateur n’ayant pas eu l’autorisation de s’y rendre lui-même — c’est la résilience de cette population, la détermination des adultes, l’exubérance des adolescent·es et des enfants. Et sans qu’il ne soit prononcé dans le film, c’est bien le mot soumoud qui vient à l’esprit, cet

te persévérance mêlée de détermination qui est érigée en valeur culturelle par les Palestiniens.

RÉFUGIÉ, PLUS QU’UN MOT

Yallah Gaza veut aussi faire œuvre de pédagogie, et tout embrasser de ce petit territoire finalement si méconnu dans nos pays européens. Les deux historiens Jean-Pierre Filiu et Ghassan Wishah, le premier vivant en France et le deuxième à Gaza, rappellent que Gaza était un territoire du Croissant fertile, débouché sur la mer pour les caravanes et riche aussi de ses vergers d’agrumes et de palmiers, avant de se faire emporter par les soubresauts du XXe siècle. De la montée en puissance du sionisme à la création de l’État d’Israël en 1948, puis de l’occupation aux guerres menées par Israël contre l’enclave, comme une litanie, et à son enserrement par le blocus, jusqu’à l’étouffement.

Qui a mis une fois le pied à Gaza sait à quel point, plus encore qu’en Cisjordanie, le mot « réfugié » est plus qu’un mot, justement. A la fois une communauté de destin, un statut, une mémoire collective et familiale, et un moteur de mobilisation. Là encore, Yallah Gaza a le mérite de mettre cette réalité en exergue, par petites touches : la clé de la maison, les noms de localités disparues, par l’intervention d’un ancien directeur de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), et par cet épisode terrible que fut la Grande Marche du retour. Pendant des mois, du 30 mars — date, depuis 1976, de la Journée de la terre1 — au 10 août 2018, des centaines de Gazaouis ont manifesté chaque vendredi aux abords de la clôture qui enserre l’enclave. Le journaliste Sylvain Cypel, membre de la rédaction d’Orient XXI, qui intervient à plusieurs reprises dans le documentaire, décrit les snipers israéliens se livrant à un véritable « tir au lapin », qui fait au moins 195 morts dont 41 enfants et laisse des dizaines de jeunes amputés d’une jambe. Jeunes que la caméra saisit, des semaines après leur opération, en train de plonger dans la mer, de jouer au football, de réaliser des figures acrobatiques. Yallah Gaza fait le choix de montrer la résilience plutôt que la souffrance.

UNE ÉTRANGE RÉSONANCE

 AVEC L’ACTUALITÉ

Cette résilience est grave, comme celle d’Amira Al-Querem, grièvement blessée pendant la guerre de 2009, première Palestinienne à porter plainte devant la Cour pénale internationale (CPI). Elle avait alors 16 ans. Elle est plus joyeuse chez ces jeunes filles et garçons qui dansent la dabkeh, la danse traditionnelle palestinienne, au milieu des bâtiments en ruine, comme un défi à la mort et au désespoir, et que le montage du documentaire fait revenir à intervalles réguliers.

Il est des moments du documentaire qui résonnent étrangement aujourd’hui. Ainsi les interventions de Bassem Naim, responsable du Hamas chargé des relations internationales, qui égrène les difficultés économiques et environnementales du petit territoire et de sa population. Ainsi le décryptage du discours israélien sur la bande de Gaza fait par Eléonore Bronstein, chercheuse franco-israélienne et fondatrice de De-colonizer, et Ronnie Barkan, militant israélien de défense des droits des Palestiniens : le gouvernement de Tel Aviv a longtemps utilisé la bande de Gaza comme figure ultime de la menace pour justifier sa politique de blocus et de bombardements. Le Hamas, à propos duquel la chercheuse française Leila Seurat donne des clés de compréhension, se sera de fait révélé comme une menace majeure pour Israël, le 7 octobre dernier.

Et l’on ne peut s’empêcher de se dire qu’il n’y aura pas de fraises à Gaza au printemps prochain, et qu’il faudra beaucoup de résilience et de persévérance pour refaire pousser des légumes et des fruits sur cette bande de terre martyrisée.

L’article de

« Yallah Gaza », un documentaire pour  mémoire

Filmer la vie à Gaza

« Yallah Gaza », un documentaire pour  mémoire

La partie gazaouie du tournage du film a dû être confiée à des opérateurs palestiniens. © Hérisson Rebelle Production

Le documentaire de Roland Nurier, Yallah Gaza, sort en salles le mercredi 8 novembre. De nombreux témoignages et des images rares de ce bout de territoire racontent le quotidien de ses habitants. Avant le 7 octobre.

Yallah Gaza (en avant Gaza) a été tourné en 2022. Le réalisateur, ne pouvant se rendre à Gaza, a confié la partie gazaouie du tournage de son film à des opérateurs palestiniens, assurant lui-même la réalisation des séquences tournées en Israël et en France. Que nous donne à voir le film de cette prison à ciel ouvert ? Des enfants qui jouent dans les rues avec des jouets de fortune ; des jeunes dansant le dabké au milieu des ruines de la ville ; de jeunes footballeuses qui tapent fièrement dans un ballon, quand, dans l’équipe des garçons, certains n’ont plus qu’une jambe pour jouer. Deux vieux amis, l’un musulman, l’autre chrétien qui se rend à la messe du vendredi soir. Un pêcheur contraint de pêcher sous la menace de la marine israélienne. Un paysan dont les champs sont régulièrement arrosés de pesticides par des avions israéliens. Et ce vieux grand-père qui raconte à ses petites-filles la Nakba. Mais aussi des enseignants, des étudiants, des assistantes sociales. Des étals et des marchés achalandés, des embouteillages dans les rues de Gaza City. Des images rarement vues, loin d’une vision uniforme de cette prison à ciel ouvert.

Gaza filmé dans toutes ses composantes

Yallah Gaza raconte le quotidien des Gazaouis soumis à un blocus féroce qui n’est jamais venu à bout de cette « résilience légendaire », des soldats israéliens tirant sur des manifestants en visant systématiquement les jambes, un territoire où « il n’y a pas de frontières, mais des checkpoints ». À Gaza, « le simple fait d’exister, c’est résister » entend-on dans le film. Si Gaza est victime du blocus israélien, Gaza souffre, Gaza danse, Gaza étudie, Gaza travaille, Gaza joue. Gaza vit.

Depuis le 7 octobre et les crimes perpétrés par le Hamas, puis les raids aveugles opérés depuis un mois par l’armée israélienne contre la population gazaouie, difficile de voir ce film comme on l’aurait regardé avant. Gaza était une prison à ciel ouvert. Elle est en passe de devenir un cimetière à ciel ouvert.

Les opérateurs palestiniens ont filmé Gaza dans toutes ses composantes. Le film donne la parole à la société civile, y compris à un dirigeant politique du Hamas, ce qui n’est pas simple à entendre et à accepter aujourd’hui. Ce sera la seule allusion au pouvoir politique à Gaza et on se demande bien pourquoi. Censure ? Autocensure ? Il faudra attendre des paroles extérieures à Gaza, celles de militants israéliens pour la paix, d’observateurs étrangers pour que la question du pouvoir politique à Gaza soit abordée.

Puissant, bouleversant, dérangeant parfois

Le réalisateur Roland Nuriez donne la parole à des militants israéliens qui dénoncent les colonisations, à un ancien militaire qui a refusé de bombarder Gaza lors de l’opération « Plomb durci ». À des historiens (Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po), des journalistes (Sylvain Cypel d’Orient XXI), des avocats (Gilles Devers), un chirurgien français qui opère à Gaza (Christophe Oberlin) ou encore au cinéaste Ken Loach. Et on comprend que le pouvoir fondamentaliste et autoritaire du Hamas, comme l’instrumentalisation cynique et meurtrière du pouvoir israélien (Hamas contre Fatah) finissent par rendre définitivement impossible toute perspective de paix.

Yallah Gaza est un film puissant, bouleversant, dérangeant parfois. Un film qui rend hommage au peuple gazaoui, à son courage. Que peuvent engendrer la politique suicidaire du gouvernement israélien, le blocus de la bande de Gaza depuis 2007, la stratégie meurtrière du Hamas ? Que sont devenus ces hommes, ces femmes et ces enfants filmés il y a à peine un an ? Sont-ils encore vivants ? Sont-ils blessés ? Ont-ils pu quitter Gaza ? Sont-ils morts ? Nous reviennent en mémoire les mots de Mahmoud Darwich : « Nous souffrons d’un mal incurable qu’on appelle l’espoir. »

SOURCE : Filmer la vie à Gaza - L'Humanité (humanite.fr) 

GWENAËLLE LENOIR > 25 NOVEMBRE 2023

« Yallah Gaza », un documentaire pour  mémoire

« Yallah Gaza », un documentaire pour  mémoire

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B
J'ai une opinion un peu différente de celle du journaliste sur ce film. Car si pour l'apprécier avec justesse il faut le regarder en tenant compte des bombardements postérieurs et catastrophiques de l'armée Israélienne, il faut aussi remarquer que le parti-pris favorable au Hamas dans ce film et les interventions des responsables du Hamas apparaissent très déphasées par rapport au massacre barbare du 7 octobre.<br /> Plusieurs critiques, même défenseurs de la cause palestinienne, ont soulevé cette contradiction.<br />  <br />  
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