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Rachid Mekhloufi, ange vert et combattant s’en est allé

 

Rachid Mekhloufi, ange vert

et combattant s’en est allé

Rachid Mekhloufi, ange vert et combattant s’en est allé

L’équipe du FLN en 1962. DR

Légende de l’AS Saint-Etienne et surtout du football algérien, l’originaire de Sétif est mort à l’âge de 88 ans. Buteur incomparable sur le terrain, il a aussi été un homme de conviction afin de soutenir son pays dans sa lutte pour l’indépendance.

« Pour l’éternité, Rachid Mekhloufi a rejoint Robert Herbin, Georges Beretta, Salif Keita et Kees Rijvers, enlevés dernièrement à l’affection des leurs, autant de joueurs, exemplaires et talentueux tout à la fois, qui auront laissé une trace indélébile dans la mémoire collective du Peuple Vert » c’est par ce communiqué que l’AS Saint-Etienne a annoncé le mort à l’âge de 88 ans de la première grande vedette de l’AS Saint-Étienne Rachid Mekhloufi. Il a été l’une des grandes figures du football algérien. Meneur de jeu mais aussi buteur, né à Sétif, il est une légende par bien des aspects.

Il a été l’un des grands acteurs de la montée en puissance de l’AS Saint-Étienne, où il est arrivé à l’âge de 18 ans, en 1954, sur la recommandation de l’entraîneur de l’époque, Jean Snella (1950-1959). Rapidement reconnu comme l’un des grands espoirs du club, il joue un rôle important dans le premier titre stéphanois en 1957 en marquant 25 buts. Premier buteur de l’histoire européenne des Verts à Ibrox Park contre les Glasgow Rangers (1957), il forme alors un trio offensif efficace avec le Camerounais Eugène Njo Lea et le Néerlandais Kees Rijvers. Ses performances lui permettent à l’époque de postuler à l’équipe de France et notamment d’espérer faire partie de l’aventure des Bleus à la Coupe du monde 1958 en Suède. Le Champion du monde militaire avec la France en 1957, qui a déjà été sélectionné quatre fois avec les A, va pourtant choisir une autre destinée.

Il part lutter pour l’indépendance de l’Algérie

Au printemps 1958, il passe clandestinement la frontière suisse avec d’autres joueurs et décide de contribuer au lancement sur la scène internationale d’une équipe du FLN afin de promouvoir l’indépendance de son pays. L’équipe disputera des matches amicaux à travers le monde pour appuyer la cause algérienne jusqu’à son indépendance en 1962. Une épopée de ces «joueurs de la liberté» qui se confond avec les enjeux politiques de l’époque Nous étions militants, nous étions révolutionnaires. Jai lutté pour lindépendance C’était nos plus belles années. racontera son coéquipier Mohamed Maouche ancien joueur du Stade de Reims.

Après l’époque FLN, Mekhloufi jouera pour le Servette Genève entre janvier 1961 et juin 1962. Il gagnera un titre de champion de Suisse. En décembre 1962, il retourne vers le club qui l’a vu grandir, l’AS Saint-Étienne, alors en D2.

Il remporte trois championnats (1964, 1967, 1968) avec les Verts et la Coupe de France en 1968, contribuant cette année-là au premier doublé Coupe-championnat du club stéphanois. Il obtient trois fois l’Étoile d’or France-Football de meilleur joueur du championnat (1964, 1966, 1967).

Joueur, entraîneur, dirigeant..

Rachid Mekhloufi termine sa carrière à Bastia (1968-1970) avant d’entamer une carrière d’entraîneur. À trois reprises en 1971-1972, de 1975 à 1979 et au Mondial-1982, il sera le sélectionneur de l’Algérie. C’est au Mondial 1982 en Espagne qu’il est à deux doigts de qualifier son équipe pour la phase finale après que les Fennecs aient battu l’Allemagne (2-1). Mais le match nul arrangé entre l’Autriche et l’Allemagne fera voler en éclat cette possibilité.

Par la suite il sera brièvement président de la Fédération algérienne de football, et de la Confédération africaine (CAF). En 2013, il sera nommé « ambassadeur à vie » de l’AS Saint-Étienne, dont il reste le deuxième buteur avec 152 buts, derrière Hervé Revelli (213).

SOURCE : Rachid Mekhloufi, ange vert et combattant s’en est allé - L'Humanité 

 

1958, les ambassadeurs de la révolution algérienne

Publié le 6 octobre 2001

Deux mois avant le début de la Coupe du monde de football 1958, trente joueurs professionnels du championnat de France quittent l’Hexagone en vagues successives pour rejoindre le FLN. Un geste fondateur pour la future équipe nationale algérienne.

Le 15 avril 1958, la France apprenait l’étrange disparition de Rachid Mekhloufi, de l’AS Saint-Étienne, qui avait qualifié l’équipe de France pour le Mondial et faisait partie des quarante présélectionnés pour la Suède, de Mustapha Zitouni, également de l’équipe de France, de Boubekeur, Bentifour et Bekhloufi, tous quatre de l’AS Monaco, de Rouaï d’Angers, de Bouchouk et Brahimi du Toulouse Football-Club, et de Kermali de l’Olympique lyonnais. Neuf joueurs algériens qui avaient décidé de rallier Tunis où était installé le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), laissant derrière eux des carrières prometteuses. ” Je n’ai pas hésité, a déclaré, dans un entretien à France Football, Rachid Mekhloufi, à l’époque sous les drapeaux au bataillon de Joinville. Vous savez, les gens raisonnent aujourd’hui en termes de carrière, de palmarès et de finances… La Coupe du monde, bien sûr, j’y pensais, mais ce n’était rien en regard de l’indépendance de mon pays. “

L’idée de créer cette équipe révolutionnaire, qui deviendra l’ambassadrice de l’Algérie jusqu’à la fin de la guerre en 1962, est née, en 1957, au retour de Mohamed Boumezrag du Festival mondial de la jeunesse à Moscou. Brandissant le drapeau vert et blanc, une équipe de foot y avait représenté le sport algérien. Boumezrag s’est alors souvenu que, quelques années auparavant, un mois à peine avant le début de l’insurrection du 1er novembre 1954, une sélection d’Afrique du Nord avait battu la France par 3 buts à 1 dans un match organisé au profit des victimes du séisme d’Orléanville. Avec Mokhtar Arribi, entraîneur d’Avignon, avec Bentifour, avec le docteur Moulay, qui organisait les étudiants algériens, et avec Mohamed Maouche du Stade de Reims et également présélectionné pour le Mondial, il commence à mettre au point l’opération départ.

Bentifour part le premier pour San Remo en Italie. Deux jours plus tard, les trois autres Monégasques partent avec Rouaï pour Rome. Les cinq hommes rallient ensuite Tunis où ils seront rejoints par les quatre autres joueurs qui passeront par la Suisse, après un contretemps, car Mekhloufi, blessé, est hospitalisé à Saint-Étienne. C’est en route vers la frontière qu’ils apprennent que leur fuite est connue. Ils parviendront à passer en Suisse mais en oublieront de récupérer Maouche qui les attend à Lausanne et qui, sans information, décidera de rentrer à Paris. À Lyon, il apprend que ses amis sont passés. Il tente alors de revenir en Suisse mais se fait arrêter. Emprisonné, il ne sera pas jugé comme déserteur et terminera son temps sous les drapeaux dans les chasseurs alpins. Cela ne l’empêchera pas de continuer à organiser le départ d’autres joueurs et, le 2 novembre 1958, ils sont trente à Tunis.

Le FLN n’était pas au courant de l’initiative. Pourtant, Ferhat Abbas, président du GPRA, comprendra très vite l’importance d’avoir une équipe qui peut représenter à l’étranger ” l’image d’un peuple en lutte pour son indépendance “, une équipe du FLN qui se couvrira de gloire entre 1958 et 1962 : 91 matchs, 65 victoires, 13 nuls et 13 défaites, 385 buts pour et 127 contre.

” Les autorités algériennes, raconte Mekhloufi dans France Football, n’avaient pas pensé que nous pouvions constituer une équipe compétitive au niveau mondial. Au départ, il s’agissait avant tout d’un acte politique… Mais nous jouions contre des sélections de plusieurs villes qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau aux équipes nationales. Je me souviens que nous avons battu la Yougoslavie 6-1. Un exploit qui avait marqué les esprits. “

Maouche se rappelle aussi : ” Avec le recul du temps, je peux dire qu’aucun d’entre nous ne regrette… Nous étions militants, nous étions révolutionnaires. J’ai lutté pour l’indépendance… C’était nos plus belles années. “

Françoise Escarpit

SOURCE : 1958, les ambassadeurs de la révolution algérienne - L'Humanité 

Rachid Mekhloufi, ange vert et combattant s’en est allé

Rachid Mekhloufi 

Sur l’écran géant se déploie une odyssée, une histoire puissante de fuites clandestines, de sacrifices immenses et de force collective au service d’une nation. L’épopée de footballeurs algériens vedettes du Championnat de France qui, en 1958, ont tout abandonné, biens et famille, salaires copieux et perspective imminente d’une Coupe du monde à jouer avec les Bleus, pour construire au péril de leur vie l’équipe d’un pays qui n’existe pas encore. Pendant quatre ans, jusqu’à l’indépendance, alors que la guerre d’Algérie fait rage, la sélection du FLN parcourt le monde balle au pied pour défendre son idéal. 

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